Mouais, maintenant qu’on commence à être exercé, on va faire un récapitulatif des nos savoirs, de comment on détecte le taf à faire à distance, et de la logistique envisagée selon les cas.
Tout d’abord, un macchabé, c’est avant tout un fumet très délicat qui porte assez rapidement sur des distances remarquables, à la faveur du climat. Sans cela, je m’en foutrais comme de l’an quarante de cette merde, mais comme il nous faut composer avec l’odeur, c’est la raison de la reconversion dans la profession de fossoyeur. Il n’y a qu’en nous occupant nous-même du labeur que l’on pourra parvenir à retrouver un air frais, cet air sec du désert si appréciable quand les efforts de la randonnée nous obligent à ventiler comme des veaux. Et c’est bien le moment où on ne souhaite pas que ça puire, avec la multiplication des bouffées c’est vite vu l’intoxication et le dégobillage.
Outre les effluves qui nous indiquent quand un « client » est dans la zone, il faut s’en remettre à d’autres éléments si on veut pas se planter de direction pour faire notre office. On peut alors compter sur ces crevures de charognards volants, les rapaces dont les vols convergent assez rapidement vers la cible. Et comme ils ont l’habitude de faire un tour de manège au dessus de la localisation du « client », on peut voir ça de loin, et savoir si c’est possible de se pointer sur zone. Après, y’a aussi des charmants animaux qui nous suivent depuis le début à bonne distance, ce sont des chacals, et ils sont patients car ils attendent seulement que la Nature nous rende consommable à leur niveau. Quand ils commencent à se lasser de notre compagnie, c’est sûr qu’il y a mieux à grailler plus loin et qu’ils ont senti le coup bien avant que le parfum nous parvienne. Suffit juste d’avoir la mémoire pour se souvenir de leur bifurcation.
Avec toutes ces indications, pas de risque de manquer le client, qui ressemble précisons le à ceci, du moins tant qu’il est intact :

Mouais, une fois qu’on est au contact, donc à l’épicentre du sinistre olfactif, va falloir agir avec pas mal d’abnégation. Parce qu’il s’agit de faire un boulot de terrassier, sous de mulitples contraintes, y’a qu’à voir la canicule qu’on se paye.
Bon, on peut chercher à dénicher une cavité déjà préparée, mais avec la mafre qui nous colle aux basques, on va devoir le creuser le trou. Il suffit de faire quelque chose de taille modeste, pas la peine de respecter la dimension du « client », de toute façon on peut très bien le tasser sans risquer de plaintes, c’est déjà à ça de sol à pas attaquer de nos mimines.
Et pour que l’enfouissement soit bien utile et hygiènique, là il va nous falloir des éléments particuliers
[2MAT pour enterrer, et message au sol pour parfaire la sépulture] car le sable ça ne suffit pas. Vu la bidoche qu’on soustrait aux bêtes, il faut pas mal de trucs pour rendre la sépulture saine. Des cailloux, des restes de planches, du bois de palette, des carcasses d’appareils électro-ménagers, enfin des choses qui remplissent les espaces laissés libres. Et dans un souci d’hygiène, il faudrait aussi un petit plus à répandre sur le macchabé, de la chaux. On peut envisagé d’aller en chercher si besoin, dans le massif montagneux qui est pas mal calcaire. Ce serait du ressort d’Ainur et moi, pendant que les autres sont affairés au remplissage de nos outres.
En tout cas, si on fait le boulot consciencieusement, déjà a pu’ problème d’odeur entêtante, bien qu’au passage on va avoir une nouvelle fragrance tenace sur nous, mais on sera moins incommodé car on aura le tarin en plein dedans, ça deviendra relatif.
Et le labeur bien fait, c’est toujours un plus pour l’estime de soi, bien que je m’en contrefoute, on récupère doucement un meilleur karma
[+20 en humanité +5 en sociabilité], et peut-être que le Destin arrêtera de semer des coquilles sur notre route, quand il verra qu’on sait faire des trucs aussi st-aï-lés que :

Euh… dans tout ce « bonheur éclatant», il faut quand même garder des réserves. En effet, les « clients », il semblerait qu’une forme de concurrence particulière les a dans le collimateur et nous saccage le boulot, je parle de ces bêtes-à-deux-jambes qui font ripaille de la viande de leurs congénères. Une fois passer sur la dépouille, ces antropophages de malheur laisse un amoncellement qui n’a plus grand chose à avoir avec un macchabé standard :

Le problème, et il est de taille, c’est que ces malandrins ne prennent jamais le temps de nettoyer leur plan de travail, un fois leur cuisine achevée, et donc les restes pourrissent à l’air libre vu qu’ils ommettent d’y foutre une pelletée de sable pour recouvrir la chose.
Etant donné que le travail de dépeçage, il est bien plus extrême que dans le cas d’une dégradation naturelle profitant de la faune et de la flore, les tripes et toutes les viscères profitent bien du paysage, or comme les boyaux sont encore remplis, l’odeur du macchabé porte bien plus loin et est nettement plus désagréable à cause de la touche de scatole composant le « parfum ».
Avec ces infos, on peut déjà deviner l’état de la dépouille avant d’être dans le secteur. Quand le bouquet est enivrant, que les rapaces tournent avec excitation à l’horizon, vu qu’ils sont friands des viscères ainsi exposées, et que les chacals reviennent nous voir la queue entre les pattes, car ils n’ont pas trouvé les morcaux de choix sur la dépouille, c’est qu’il y a de fortes chances que le macchbé ait été boulotté. On sait au moins qu’on aura moins de boulot à effectuer, suffira de rassembler les restes épars du « chanceux », et de jeter du sable par-dessus. Un pannoncau pour la forme, manière de représenter une simili-sépulture, et puis on reprendra la randonnée.
[sur cadavre cannibalisé, pas d’option, on ne peut que laissé un message au sol]_________________
Yves Lavie ou le respect des macchabéesLe dernier des Malakoffiots---Fossoyeur chargé de l'approvisionnement en médecines et drogues diverses... consommateur
préventif.