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 Ca valait le coup d'être vécu

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AuteurMessage
Yves Lavie
Fossoyeur


Nombre de messages: 569
Localisation: En vadrouille les pieds dans le sable
Date d'inscription: 06/02/2007

MessageSujet: Ca valait le coup d'être vécu   Mar 20 Fév - 17:28

hrp/ texte posté sur le forum général dans "Narratifs collectifs", car je vais voir à le compléter au fur à mesure des péripéties in-game, il est consutable


Il y a quelques jours de cela, les trois « chanceux » égarés étaient arrivés de nouveau au pied du massif montagneux, et ils envisageaient une ascension dans les jours suivants, mais avant cette difficulté ce fut un bivouac particulièrement désagréable.

Ainur avait ramené de sa partie de chasse pas mal de petites bestioles qui avaient eu le malheur de croiser sa route. La progéniture de ces dernières pourrait attendre un bon moment le retour de ses parents, mais les trois individus n'en avaient cure, ils ne voyaient cette scission du foyer familial que du côté « apport protéiné ». Raul avait nettoyé rapidement les écuelles et les gobelets faits à partir de chutes de tôles en zinc, avec ce qu’il avait à disposition comme nettoyant ménager… à savoir du sable. Il sortit de son sac une outre qui contenait l’ensemble des réserves d’eau des trois assoiffés, il veillait dessus afin d’éviter les pertes fâcheuses qui auraient pu compromettre leur survie, et il servit une faible rasade de ce liquide précieux en ces circonstances pour chacun, en leur rappelant ce qui les attendait dans le courant de la journée.


Il faut s’hydrater un minimum, parce que la pente ce n’est pas vraiment du flan, on va avoir une petite suée. Donc on s’en tient à cette faible quantité de liquide, je garde un oeil sur le reste, il nous servira à nous désaltérer en altitude, parce que c’est clairement à l’issue de l’effort qu’on aura besoin de boire à grandes gorgées.
Mais après, ça devrait aller mieux, parmi les sources de montagne, il doit y en avoir de pas contaminées, plus près on est du point d’origine et moins il y a de risques, ça doit valoir l’eau de pluie par là-haut. Une fois les outres remplies jusqu’au point de tension, on pourra voir venir. Sinon vous avez qu’à vous prononcer, si vous tenez à boire du sable c’est vite vu !
Ah mais tiens, Yves, mon ami, tu as encore pris l’initiative de nous faire un feu, et fourni ce coup-ci, tu n’aimes plus la viande bleue ou quoi ?

Le dénommé Yves avait effectivement commencé à rassembler des bricoles pour faire un feu, et il projetait de l’entretenir avec plusieurs emballages en carton qu’il prenait soin de débiter en petits morceaux.

Mouais, tout doux avec les marques d’affection, vis-à-vis de vous j’ai juste un peu moins d’indifférence que pour le reste des « chanceux » qui parcourent ce coin du désert, mais de là à parler d’amitié… On va dire que je suis un peu concerné, je crois que c’est déjà beaucoup de ma part.
Et sinon, je m’attelle au feu, c’est que la viande ça se mange saignant, je crois qu’on ne va pas s’amuser à se faire parasiter en ingurgitant de la barbaque crue, dans la zone y’a aucune plante de valable pour se purger. Alors là j’y mets les moyens avec les combustibles présents, tout ce qui brule c’est au moins ça qui ne servira pas à constituer une demeure de Bangladais. Enfant j’ai bossé avec des gaillards de cette espèce, toujours à vouloir me taxer les cartons d’emballage dans lesquels je foutais les couverts en plastique que je produisais sur le raffiot. Tout ça parce qu’ils comptaient «faire construire au pays», l’espérance c’est pas mon rayon mais eux ils ne songeaient même pas à piquer du formica et de la tôle, ils étaient encore plus démoralisés que moi à considérer le carton comme un matériau de luxe.

Les compagnons ne tinrent pas rigueur aux propos de Yves, ils savaient que même dépouvu de la moindre attitude fraternelle, il manifestait déjà un peu plus de gratitude qu’à leur première rencontre. Ils pouvaient compter sur lui même si sa conversation avait un fort pouvoir démoralisant dans le groupe.

Tout ce beau monde allait enfin se sustenter avec une alimentation à forte teneur en viande grillée, cependant le temps commençait à changer, un léger vent en provenance du Nord se manifestait. Et pas qu’un peu, vu qu’il charriait de bonnes effluves, visiblement il y avait des charognes pas loin de leur bivouac, et l’odeur de décomposition des chairs s’invitait avec impolitesse chez les trois égarés. Raul et Ainur cillèrent un moment, mais finalement ils continuèrent à se baffrer des coustellous, seul Yves avait l’air d’être incommodé par ce présent venu du Nord. Il se pinça le nez et avala le contenu de son gobelet, ignora la viande, puis se mit en devoir de préparer son sac pour la randonnée digestive.


Euh… vous avez remarqué tout comme moi, depuis que ça souffle, ça fleure bon la cha…taigne ! Comment que vous faites pour manger, c’est intenable, et je tiens pas à m’éterniser dans le coin, on ferait mieux de débuter la grimpette. L’air de la montagne, au moins c’est « vivifiant », bizarre j’arrive à le dire, mouais en altitude on pourra casser la dalle plus tranquillement. Je veux pas vous presser mais vous comptez faire vos sacs à quel moment, emballez les trucs, on rechauffera là-haut.
….Bon, vous avez visiblement l’appétit, ça veut dire que je dois attendre…
Je crois que finalement j’ai un truc pour avoir moins l’odeur en tête, vu que gosse je cotoyais l’équipage qui comportait des Panaméens. Ceux-là, ils avaient comme tout loisir de passer du temps à regarder des télé-novélas, ou alors des séries policières. D’ailleurs je me rappelle bien que dedans, quand les types ils allaient voir des corps, ils mettaient de la pommade mentholée sous le nez. Je vais devoir composer avec ce que j’ai sous la main.

Ainur et Raul avaient fini de manger, pendant que Yves farfouillait dans son sac, et ils le virent sortir de celui-ci une espèce de tube, qu’il pressa pour récupérer un gel incolore qu’il se passa sur le haut de la lèvre et étala en desous du nez. Au bout d’un moment, leur confrère ouvrit la bouche, prononça une phrase toute déformée qui faisait mention d’une brulure, et il s’affaissa et se retrouva allongé sur le dos, les membres en étoile. Raul s’approcha pour inspecter le malheureux

…hé les gens, vous êtes où ? Je vous vois plus ! Venez à mon secours, je tombe, je m’enfonce, ça touuuuuuurne !

Oh, Yves, tu nous fais quoi ? …. Son tube, là, c’est bien ce que je pense, même si y’a rien d’écrit dessus c’est de la colle à rustine, Ainur, je crois qu’il va pas être bien pour la marche, va falloir composer avec son état.

Les deux collègues attendirent que Yves se remette un peu, afin qu’il soit en mesure de se déplacer sur ses jambes, mais il restait cependant un poids mort, le seul aspect positif c’était qu’il avait enfin cessé de leur faire la conversation, et donc de leur miner le moral par la même occasion. En plus, il arborait un air un peu réjoui, ça les changeait de son aspect maussade, ils n’avaient pu alors le voir qu’une seule fois non-morose, le jour de leur rencontre, quand celui-ci était assoupi à côté d’un feu de pneus, en plein dans la fumée.
Soutenir leur confrère en plein bad-trip était trop fastidieux, ils mirent un moment à comprendre qu’il suffisait dorénavant de siffler Yves comme un chien afin qu’il se dirige vers la source sonore. L’ascension se fit alors sans trop de difficultés, sauf au moment où ils arrivèrent dans les hauteurs, et où l’eccho se faisait ressentir. Dans l’esprit embrumé d’Yves, il pensait que si un son atteignait une de ses oreilles, il devait alors tout faire pour l’entendre avec l’oreille opposée dans le delai le plus court possible, afin d’être sûr qu’il avait bien entendu. Résultat, il faisait des volte-face à chaque sifflement, et l’eccho le transformait en derviche-tourneur. Il ne mit que peu de temps à se casser la gueule et à rendre de la bile, vu que son estomac était vide. A la vu de cela, ses collègues durent reprendre leurs plans.


Bon, on ne va pas s’attarder, j’espère avoir la chance de tomber rapidement sur une source partiellement potable, je refais le plein, et on descend dans la foulée, sinon à ce rythme Yves risque de dévisser dans cette zone montagneuse, c’est pas la peine de tenter le sort et de perdre un compagnon qui est dans les vap’s.

Le lendemain, au matin, dans l’étendu désertique après le passage du col, le groupe se reposait de ses efforts, profondément enfoncé dans le sommeil, et c’est finalement le comateux qui émergea en premier. Il se mit en devoir de réveiller ses pauvres confrères exténués.

Houla…ma tête, où chuis rendu moi ? Mouais, du sable, c’est pas foncièrement nouveau, ils font quoi à roupiller les deux autres.
…Hé, debout, il s’agit pas de pioncer de trop, on a un massif montagneux à parcourir, je vous rappelle ! Si vous êtes pas décidés fallait le dire avant, on avait bien convenu d’aller prendre de la hauteur l’autre coup, et pourtant je vous trouve à fainéantiser.

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Yves Lavie ou le respect des macchabées
Le dernier des Malakoffiots---Fossoyeur chargé de l'approvisionnement en médecines et drogues diverses... consommateur préventif.
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