Le binôme, qui avait pris un peu le large du reste de la clique des Fossoyeurs, afin d'accomplir des offices auprès des macchabés du désert et de laisser ainsi à leurs confrères le boulot près des berges du fleuve, arriva au bout de sa randonnée dans une zone du désert empestant moins la charogne. C'était une chose appréciable au moment de se poser et d'établir le bivouac.
Explorant négligemment leur coin de désert, une étendue de sable et de rocs agrémentée de quelques épineux, afin de dénicher des choses permettant de faire face à l'adversité, les deux collègues tombèrent au coin d'un rocher sur une dépouille qu'ils n'avaient pas réussi à détecter jusqu'alors. Ca leur causait de l'étonnement, car normalement leur système, permettant de repérér des macchabés ou des charognes en putréfaction à des lieues à la ronde, était assez rodé. Il s'appuyait sur une observation attentive des mouvements dans les vols de rapaces, et de l'agitation perçue au sein de la faune des charognards.
Le plus corpulent des deux ouvrit la bouche, se trouvant à une dizaine de mètres de leur "émouvante" découverte :"

...Mazette, on vient de trouver un cadavre intact, alors que j'étais bien loin de m'imaginer sa présence, c'est cet hiver qui a dû me bousiller les nauseaux, comment que ça a pu nous échapper c'te affaire ?
D'ailleurs, j'ai vraiment des problèmes sensoriels, Mère Nature, cette chienne elle a réussi avec sa chute des températures précédentes, j'ai le nez tout flingué, le macchabé je ne le perçois que comme sentant pas bien bon, j'ai aucun retour des odeurs de décomposition...
En tout cas, à avoir pris le temps de fouiller un peu le coin, tu vois que la "chance nous sourit", on va pouvoir foutre ce tas de viande sous terre avant d'attaquer le repas du soir.
_... Yves, va vraiment falloir que tu débutes le sevrage de champis, et pas question de t'en retourner vers la colle à dissolution. L'est pas mort le gonz', il pionce juste très profondément.
_Autant pour moi, c'est juste qu'il s'est foutu à dormir sur le ventre, donc on entend rien à ses ronflements d'ici. Je crois que c'est une forme de prudence, avec sa cage thoracique, il risquerait d'ameuter tous les anthropophages du voisinage, s'il se laissait aller à ronfler, en restant sur le dos."
Visiblement déçus de ne pas pouvoir se mettre en action, et de faire du bel ouvrage de fossoiement, les deux collègues jettent un coup d'oeil rapide sur les possessions de l'égaré, et s'éloignent de l'ensommeillé en dissertant.Mouais, le type, son outre elle était pas franchement pleine, et avec le soleil qui semble décidé à prendre du bon temps dans ce coin désertique, il est parti pour goûter aux "joies" de la suscion de cailloux, sa salive, ce sera dorénavant sa nouvelle meilleure amie.
Sinon, il m'a l'air organisé convenablement, il se trimballe avec des bricoles, de quoi dépanner ceux qui devront passer derrière pour l'enterrer, ça doit être une histoire de "conventions obsèques". Qui sait ? On le trouvera peut-être sur la route une prochaine fois, et cette fois bien canné, on pourra se faire la main.
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Yves Lavie ou le respect des macchabéesLe dernier des Malakoffiots---Fossoyeur chargé de l'approvisionnement en médecines et drogues diverses... consommateur
préventif.