Les Fossoyeurs

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 Le choix de Dolores

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AuteurMessage
Dolores O'Riley
Enfoui(e) par nos soins


Nombre de messages: 67
Date d'inscription: 05/08/2007

MessageSujet: Le choix de Dolores   Dim 2 Sep - 14:26

Après avoir pris congé des quatres autres membres du groupe, Dolores partit d'un bon pas vers l'ouest, dans la direction où Yves avait cru humer l'odeur d'un cadavre en décomposition.
La forêt fournissait un bon ombrage et elle avait déjà parcouru le chemin en sens inverse, aussi le trajet ne lui prit-elle que quelques heures, dans une solitude apaisante.
Au cours de ses périgrinations dans ce monde dévasté, elle avait rencontré bon nombre de tarés congénitaux, malades à flinguer, fous dangereux et autres psychopathes cyclothymiques capables de massacrer un être humain à la machette pour avoir fait trop de bruit pendant leur sieste. Mais là, les Fossoyeurs remportaient haut la main la palme des gars les plus barrés qu'elle ait jamais connus. Entre le grand échalas jovial qui se trimballait toujours le sifflet à l'air, l'autre camé de Lavie qui alternait cynisme stalinien et bad trips aux champis et les deux autres qui ne décrochaient pas un mot, tout ce groupe n'était qu'un ramassis d'épaves livrées à elles-mêmes, qui avait réussi à survivre on ne savait trop comment, et trouvait marrant d'enterrer les cadavres alors qu'il ne serait venu à l'idée de personne de ne pas les bécqueter.
Au détour d'un arbre, elle tomba sur un corps de femme, reposant face contre terre contre l'herbe humide. Okay, Lavie aboyait peut-être à quatre pattes quand il avait trop sniffé, mais il avait un odorat en conséquence, on ne pouvait pas lui enlever ça.
La marche avait été juste assez longue pour mettre Dolores en jambes et lui donner l'envie d'une pause, l'air n'était pas trop chaud, juste ce qu'il fallait, les arbres fournissaient un ombrage rafraîchissant, et elle se sentait bien : elle n'avait ni faim, ni soif, ni froid, ni mal quelque part, état rare et éphémère qu'elle appelait bonheur.
Elle s'assit sur la mousse, au pied d'un chêne, et observa le corps de la jeune femme à quelques pas d'elle. Pour tout dire, elle avait vu plus moche, comme cadavre. Une belle jeune femme, vigoureuse, au corps bien proportionné.
D'ici quelques heures, pensait-elle, un groupe de barbares affamé tomberait dessus. A l'aide d'un silex assez pointu, voire même d'un couteau, ils inciseraient son flanc, entre l'aine et l'aisselle. La blessure saignerait à peine sur la peau pâle. Ensuite, l'un d'entre eux enfournerait sa grosse patte sale dans l'insertice, pour en sortir un organe quelconque qu'il dévorerait avidement. Dolores l'avait déjà vu faire. Pire, elle l'avait déjà fait. C'était dingue tout ce qu'on était prêt à faire quand on avait faim...
Sans savoir pourquoi, cette vision la fit frissoner. En un quart d'heure, le corps était enterré, au pied d'un arbre bucolique où poussaient quelques fleurs sauvages.

Maintenant, il fallait prendre une décision.
Ces crétins de Fossoyeurs lui avaient donné beaucoup plus d'eau et de bouffe que nécessaire, et elle avait pas mal d'avance sur eux. En continuant vers l'ouest, elle était à peu près certaine de ne plus jamais recroiser leur route. Certes, il faudrait qu'elle se débrouille toute seule pour trouver sa pitance, mais elle s'en jugeait capable. Dans le pire des cas, elle rejoindrait un autre groupe.
Ouais, c'est ça, un autre groupe... comme les Bouchers du Levant, ou les Pillards Sodomites ? Les Fossoyeurs et elles n'étaient pas du même monde, c'était entendu... mais ils lui avaient apporté, au cours des quelques jours passés ensemble, un sentiment étrange : la sécurité. Ils avaient leur lubie, enterrer les gens. Idiot, pensait-elle, et contre-productif, mais enfin ? A qui faisaient-ils du mal ? Non seulement leur passe-temps était inoffensif, mais en plus, il était profondément humain, dans le sens noble du terme. Les bêtes et les affamés au bout du rouleau dévoraient les cadavres. Les Hommes les enterraient.
Les Fossoyeurs n'étaient pas à leur juste place dans ce monde. Ils travaillaient pour que les générations futures, si jamais elles parvenaient à s'unir et à évoluer, aient une Histoire.
Si tout le monde, et elle en tête, auraient juré qu'ils étaient les personnes les plus timbrées qui soient, c'est qu'ils représentaient, dans la longue nuit de l'Humanité, la première et seule trace de civilisation.
Elle avait le choix entre essayer de survivre, tel le coyote ou le crotale, ou essayer de creuser les fondations d'un futur qui chante. Certes, la tâche qui les attendait était sans comparaison avec leurs moyens, et, Dolores en était sûre, elle croquerait des pissenlits par la racine avant de remarquer le moindre changement autour d'elle.
Mais elle était sûre d'une chose : avoir un toit au-dessus de la tête.
Pour l'éternité.

Debout devant la tombe, elle murmura une brève prière :
Pas de bol, Bonnie...
Après avoir ramassé ses affaires, elle reprit sa route.

En sens inverse.
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Le choix de Dolores

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