A l'appel de Raul, Yves émerge et se rapproche nonchalamment de ses congénères. On peut lire sur son visage assez peu expressif un léger changement, l'évocation du mot mer semble éveiller un peu de nostalgie sous son "crane dégarni et affublé d'une nuque longue".Eh beh, c'est une raison de me réveiller avec ce chahut, je pionçais très bien, moi.
C'est où que tu verrais la mer, ça m'interpelle un peu, car y'a pas longtemps, lorsqu'on se balladait au milieu des herbages j'avais pu l'entrapercevoir, mais comme elle se déplaçait à toute allure, cette lacheuse de mer, on l'avait pas rattrapée. Ca me fait douter, de la croiser par ici, ça signifierait qu'elle a fait une pause-pipi entre temps, et qu'on a pu diminuer l'écart à la faveur de la poursuite, c'est toujours bon à savoir.
Euh... va falloir peut-être relativiser, sur ce que tu qualifies de mer,
le vraiment-pas-très-frais-au-réveil Lavie tend le bras vers l'horizon et cette forme bleutée que l'on distingue, il "calibre" la chose en visant entre son index et son pouce regarde un peu ça, la portion de flotte qui s'étend par là-bas, jusqu'à la ligne d'horizon, elle fait moins de 5 centimètres de large, c'est ridicule.

La mer, elle fait normalement bien plus, même lorsqu'elle est en petite forme et à marée descendante, pour la mesurer ça avait l'habitude de me faire mal à la main, à force de tirer sur le pouce, et la douleur je m'en rappelle. Bizarrement, chuis capable d'être catégorique sur le coup, c'est pas courant, mais le truc qu'on voit, c'est pas la mer, ça n'a pas l'esprit retors comme l'autre machine.
Un jour on la croisera peut-être, et je pourrais compter retrouver mon rafiot échoué, j'avais laissé des affaires à bord avant de partir à l'aventure et j'apprécierais de les récupérer, l'hiver il m'a vacciné des bermudas et des claquettes, me faudrait remettre la main sur mes pantalons, mes bottes, et mon ciré avec sa couleur jaune-étanche.
Yves s'en retourne vers sa couche, ses propos confus témoignent de son état vaporeux, il met du temps à redescendre des paradis artificiels, vu qu'il a persévéré dans la prise pas bien coordonnée ni raisonnable de substances psychotropes. Au contraire de son collègue Turin, il est dénué de la moindre motivation, et donc l'absence de volonté l'empêche de se seuvrer. Le piémontais a mis le hola sur les soupes agrémentées de champignons, mais le désillusionné Lavie a continué à suivre son régime hivernal riche en fibres. Ca l'a même affecté au point qu'il ait dépouillé un malheureux, le suicidaire qui finalement s'était replié et n'avait pas pris soin de surveiller ses affaires._________________
Yves Lavie ou le respect des macchabéesLe dernier des Malakoffiots---Fossoyeur chargé de l'approvisionnement en médecines et drogues diverses... consommateur
préventif.